Leonard Birchall : un leader chez les prisonniers de guerre

Leonard birchall seated in a plane

Dans notre exposition Le front oublié, nous présentons brièvement le rôle qu’a joué Leonard Birchall en tant que « Sauveur de Ceylan ». Mais son apport pendant la Deuxième Guerre mondiale va bien au-delà de ce qu’il a accompli à Ceylan. Après avoir été capturé par les Japonais, il a aussi aidé à protéger les prisonniers de guerre et à veiller à leur bien-être. Voyons de plus près le courage et le leadership dont Birchall a fait preuve tout au long de la guerre.

Jeunesse et début de carrière

Leonard Birchall est né en 1915 à St. Catharines, en Ontario. Après ses études secondaires, il s’est enrôlé dans le Corps royal canadien des transmissions, bien que son véritable rêve ait été de devenir pilote. En 1933, il a donc intégré le Collège militaire royal du Canada, à Kingston. Pendant ses études, il a participé activement à plusieurs activités parascolaires, notamment le basketball, l’athlétisme et le théâtre. On disait que « son esprit vif et son sens de l’humour apportaient de la bonne humeur, tant en classe qu’à l’extérieur ». Après l’obtention de son diplôme, en 1937, il a été nommé officier dans l’Aviation royale canadienne (ARC). Il a ensuite été affecté à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, au sein du 5e Escadron, où il a participé à des patrouilles aériennes de combat anti-sous-marines au début de la Deuxième Guerre mondiale.

En 1941, Birchall a été sélectionné pour servir au sein du 413e Escadron, dans les îles Falkland, où il a été nommé chef d’escadron et commandant adjoint. L’escadron était chargé d’effectuer des missions de reconnaissance aérienne et des patrouilles de lutte anti-sous-marine à bord d’hydravions Catalina. En mars 1942, il a été transféré à Ceylan (aujourd’hui le Sri Lanka) afin de collaborer avec le commandement de l’Asie du Sud-Est.

Une alerte déterminante

Un jeune homme en uniforme militaire
Leonard Birchall en 1937 au Collège militaire royal, à Kingston (Collège militaire royal).

À peine deux jours après leur arrivée à Ceylan, Birchall et son équipage étaient en mission de patrouille lorsqu’ils ont aperçu au loin une flotte navale japonaise. Même s’ils étaient conscients des risques, ils savaient qu’ils devaient s’en approcher afin de recueillir davantage de renseignements pour alerter le reste des forces du commandement de l’Asie du Sud-Est.

Malgré l’absence de couverture aérienne, ils ont continué à avancer vers la flotte japonaise, tout en transmettant des messages radio au quartier général de la flotte, à Colombo, pour les prévenir de leur découverte. Ils en étaient à leur troisième transmission lorsque des chasseurs Zero du porte-avions japonais Hiryu ont abattu leur appareil. Les tirs ont atteint les réservoirs de carburant du Catalina, provoquant un incendie qui a obligé l’équipage à abandonner l’appareil et à se jeter à la mer. Sur les neuf membres de l’équipage, seulement six ont survécu. Les survivants ont ensuite été recueillis par un navire japonais.

Un homme en uniforme assis dans un avion. Il sourit.
Leonard Birchall à bord de son hydravion Catalina (Bibliothèque et Archives Canada).

Message reçu

L’équipage de Birchall est parvenu à transmettre au commandement de l’Asie du Sud-Est des renseignements cruciaux sur l’attaque-surprise contre Ceylan, notamment le nombre et les types de navires composant la flotte, ainsi que la vitesse et le cap de celle-ci. Même si ces informations n’ont pas empêché l’attaque japonaise, elles ont permis aux Alliés de mieux s’y préparer. Elles ont également contribué à une série d’événements qui a donné l’avantage aux Alliés en Asie-Pacifique. Après l’attaque de Ceylan, trois des quatre porte-avions japonais ayant participé à l’offensive ont été contraints de retourner au Japon, et n’ont donc pas pu prendre part à la bataille de la mer de Corail. Comme cette bataille ne s’est soldée par la victoire d’aucun des deux camps, les Japonais ont dû lancer une nouvelle offensive, cette fois lors de la bataille de Midway. Celle-ci s’est conclue par une victoire des Alliés et est souvent considérée comme un tournant majeur de la guerre en Asie-Pacifique.

Par la suite, le premier ministre britannique Winston Churchill a qualifié l’attaque contre Ceylan du moment le plus dangereux et le plus éprouvant de la guerre. Churchill a affirmé qu’un aviateur, qu’il a surnommé « le sauveur de Ceylan », avait permis d’éviter le pire en relayant l’information. Churchill, qui faisait référence à Birchall, croyait qu’il avait péri lors de l’amerrissage forcé de son appareil dans l’océan Indien. Il était loin de se douter que Birchall avait en réalité survécu, et qu’il serait détenu comme prisonnier de guerre jusqu’à la fin du conflit.

La vie comme prisonnier de guerre

Après avoir repêché Birchall et les survivants de son équipage dans l’océan Indien, les Japonais les ont conduits vers un camp d’interrogatoire de la marine à Ōfuna, au Japon. Peu après, Birchall a été transféré dans un autre camp, aménagé dans un stade de baseball à Yokohama.

Comme il était l’officier prisonnier de guerre le plus haut gradé du camp, il lui revenait de veiller au bien-être des autres détenus, mais la tâche s’est avérée extrêmement difficile. Les prisonniers subissaient de graves violences physiques de la part des gardiens japonais et étaient contraints d’effectuer des travaux forcés. Ils recevaient des rations si maigres qu’ils souffraient de grave malnutrition et d’importants problèmes de santé, sans compter qu’ils n’avaient aucun accès à des soins médicaux adéquats. En plus des mauvais traitements, de nombreux prisonniers craignaient que les officiers n’utilisent leur grade pour obtenir plus de nourriture et de provisions.

Une vue aérienne d'un stade de baseball.
Le camp de prisonniers de guerre aménagé dans le stade de baseball de Yokohama était l’un des quatre camps où Leonard Birchall a été détenu. (Archives nationales des États-Unis).

Birchall a fait de grands efforts pour gagner la confiance des autres prisonniers et s’assurer qu’ils étaient traités le mieux possible dans les circonstances. Les portions de nourriture étaient préparées devant tout le monde. Si un homme jugeait qu’un officier avait reçu une plus grande part que lui, il pouvait échanger sa ration avec la sienne, sans qu’on lui demande d’explications. Birchall et les autres officiers s’interposaient également lorsque les gardiens battaient les autres détenus. Lorsqu’un prisonnier était surpris à voler des provisions, Birchall ordonnait aux officiers de déclarer aux gardiens japonais que l’ordre venait d’eux, y compris de Birchall lui-même, afin d’être punis à sa place.

Il veillait également à ce qu’un registre de toutes les provisions soit tenu afin que les autres prisonniers sachent comment elles étaient utilisées. L’utilisation de ressources médicales importantes, comme la morphine, devait également être approuvée à l’unanimité par les prisonniers, afin que chacun ait son mot à dire. Grâce à ces mesures, le taux de décès dans le camp de Birchall est demeuré inférieur à 2 %, comparativement à près de 30 % dans les autres camps.

« Avoir de la nourriture était vital. Tout le monde mourrait de faim. Vous ne savez pas ce que c’est que d’avoir constamment faim, je vous l’assure… Il fallait constamment se demander : “Est-ce que j’agis de manière égoïste? Je ne peux pas me permettre de faire ça. Si je prends cette nourriture, quelqu’un risque de mourir…” Il fallait surmonter cet égoïsme. C’est terrible de se retrouver devant un peu de nourriture et de se dire : “Mon Dieu, j’ai faim. Je meurs de faim. Et il y a ce petit morceau de nourriture.” La tentation d’agir par égoïsme est immense. »

—Leonard Birchall, se remémorant sa captivité comme prisonnier de guerre (le « sauveur de Ceylan »).

Les gestes posés par Birchall avaient toutefois souvent des répercussions sur son propre bien-être. Un jour, Birchall a frappé un gardien japonais qui avait battu un prisonnier de guerre parce qu’il ne travaillait pas, alors que celui-ci était incapable de marcher. À la suite de cet incident, Birchall a été traduit devant une cour martiale. En attendant son procès, il a été suspendu par les pouces dans un instrument de torture que l’on appelait de « cage à oiseaux ». Même s’il a finalement été renvoyé au camp, Birchall a ensuite été transféré dans un autre camp situé sur la baie de Tokyo pour avoir organisé une manifestation pacifique afin que les prisonniers de guerre malades ne soient pas contraints de travailler. Il a ensuite été transféré dans un quatrième camp, situé dans les montagnes.

Lorsqu’il a été officiellement libéré par des membres de l’armée américaine, le 24 août 1945, Birchall avait passé trois ans et quatre mois comme prisonnier de guerre. Tout au long de sa captivité, Birchall a tenu 22 journaux où il racontait son expérience de prisonnier de guerre, qu’il a enterrés pour les protéger. Ces documents ont finalement été récupérés. Puis, lorsque les procès pour crimes de guerre contre le Japon ont débuté, Birchall a été appelé à témoigner, et ses journaux ont servi de pièces à conviction.

Après sa libération, Birchall a reçu la Croix du Service distingué dans l’Aviation pour avoir alerté les Britanniques de l’attaque contre Ceylan. Il a également été fait officier de l’Ordre de l’Empire britannique pour « s’être constamment soucié du bien-être de ses compagnons de captivité, sans égard pour sa propre sécurité. Son courage constant et son dévouement indéfectible envers ses hommes étaient dignes des plus belles traditions militaires. »

L’après-guerre et l’héritage de Birchall

Après la guerre, Birchall a poursuivi sa carrière au sein de l’ARC et a atteint le grade de commodore de l’air. Il a pris sa retraite après plus de 60 ans de service et est décédé en 2004, à l’âge de 89 ans. Leonard Birchall a laissé derrière lui un héritage remarquable d’altruisme et de leadership. En plus d’avoir aidé à prévenir les Alliés de l’attaque japonaise, il a grandement amélioré le sort de nombreux prisonniers de guerre et les a aidés à traverser des épreuves extrêmement difficiles.

Article rédigé par Anthony Badame et traduit par Melissa Santos pour Honouring Bravery.

Nous tenons à remercier tout particulièrement la Fondation de l’Aviation royale canadienne pour les efforts qu’elle consacre à préserver les récits de l’ARC. Pour découvrir d’autres histoires fascinantes sur l’ARC, consultez le livre Voie vers les étoiles de la Fondation, qui a servi de source d’inspiration pour ce blogue.


Sources

Birchall, Leonard (1997). Le leadership [discours]

Hood, Michael et Jenkins, Tom (2023). Pathway to the Stars: 100 years of the Royal Canadian Air Force, Aevo UTP.

Bibliothèque et Archives Canada (s. D.) Squadron Leader L. J. Birchall, of 413 Squadron in the cockpit of a flyingboat (Catalina) aircraft.

Collège militaire royal (1937).

The Savior of Ceylon: The story of Leonard Birchallpartie 1 et partie 2

Archives nationales des États-Unis. Image du stade de baseball de Yokohama. RG 331, Box 1321, SCAP Legal Files, Misc. Manila. Tiré du site Allied POWS under the Japanese [site Web]