le Camp 30: Soutenir le site du « miracle canadien » de la Seconde Guerre mondiale

a sketch of the battle of Bowmanville showing guards and prisoners fighting.

Le futur d’un des plus importants vestiges canadiens de la Deuxième Guerre mondiale est menacé. La bataille de Bowmanville, s’étant déroulée en octobre 1942 dans une ancienne école de formation pour garçons, est souvent considérée comme le seul affrontement de la Deuxième Guerre mondiale ayant eu lieu en sol nord-américain. Aujourd’hui, les bâtiments se trouvant sur le site de l’affrontement sont laissés à l’abandon. Leur structure est cependant solide, ce qui rend leur remise à neuf et leur réaffectation tout à fait réalisables.

Au fil des années, la bataille de Bowmanville, qui s’est déroulée dans ce que constitue aujourd’hui la municipalité de Clarington, située un peu à l’est de Toronto, est vue comme un événement presque comique. C’est une grave erreur. Cet affrontement a permis de sauver des centaines de Canadiens ainsi que d’alliés.

La bataille de Bowmanville est la conséquence d’une série d’autres événements, dont le raid infructueux de Dieppe en août 1942, mené par des troupes alliées constituées en grande partie de soldats canadiens. Les prisonniers alliés sont enchaînés par les Allemands et, en réponse à ce geste, le premier ministre britannique Winston Churchill ordonne que les prisonniers de guerre allemands subissent le même sort. Ces prisonniers sont dispersés un peu partout au Canada et aux États-Unis dans des prisons, des forts et des bâtiments réaffectés. Au Canada, deux sites connus sont le Fort Henry, à Kingston, et le Camp 30, à Bowmanville.

Le Camp 30 est à l’origine un centre de formation pour garçons mis en place par le gouvernement ontarien en 1924 et basé sur une terre léguée par John Jury. Le centre, conçu dans le style architectural des Prairies de l’époque, accueille de jeunes garçons ayant eu des démêlés avec la justice dans le but idéal de les réformer. Durant la guerre, il devient un camp d’internement pour des hauts gradés allemands faits prisonniers en Europe.

À la suite de l’ordre donné par Churchill, les prisonniers de Bowmanville sont enchaînés. Cependant, les habitants de la région réagissent mal à cette action : ils se révoltent. Ne possédant pas d’armes, ils se servent de tout ce qu’ils ont à portée de main, de l’équipement de nettoyage aux conserves de nourriture. Les gardiens du camp, principalement des vétérans de la Première Guerre mondiale déjà âgés, sont incapables de réprimer le soulèvement.

une petite tour en bois. De la barbelée entoure sa base. Deux hommes en uniforme se tiennent sur une plate-forme près du sommet de la tour.
Tour de garde du Camp 30 (Bibliothèque et Archives Canada).

Jusqu’à ce moment, les habitants, les gardiens et même les prisonniers entretenaient de relativement bonnes relations. Les prisonniers allemands avaient la permission de se rendre au lac Ontario, situé tout près, pour y nager après avoir donné un « Ehrenwort », soit leur parole d’honneur de ne pas s’échapper. Et ils respectaient leur parole. En échange, les gardiens canadiens étaient généreux à plusieurs égards. L’historien britannique Bob Moore affirme même que le meilleur endroit pour être un prisonnier de guerre est le Canada, où, contrairement à ailleurs, les prisonniers prennent du poids. En plus, ils peuvent organiser entre eux des compétitions sportives et suivre des cours universitaires.

Cependant, la bataille de Bowmanville compromet cet équilibre, surtout après l’intervention des troupes canadiennes en soutien aux gardiens. C’est à partir de ce moment que les choses auraient pu mal tourner. La mort d’un seul officier allemand aurait pu avoir de sérieuses conséquences pour les prisonniers canadiens et alliés détenus en Europe, où les nazis ont l’habitude de réprimer les actions de la résistance par des massacres dès qu’un soldat allemand est tué. Comme les prisonniers de Bowmanville sont tous des hauts gradés, la réponse nazie aurait été d’autant plus meurtrière.

Trois bâtiments sont en cours de construction. Des hommes se tiennent à proximité, tandis que d'autres travaillent sur le toit du bâtiment situé à l'extrême droite.
Construction de blocs de casernes au Camp 30 (Bibliothèque et Archives Canada).
un long bâtiment avec de nombreuses fenêtres
Vue des casernes triples du Camp 30 (avec l’aimable autorisation the Jury Lands Foundation).

Heureusement, que ce soit grâce à la considération des conséquences de la mort d’un prisonnier ou simplement grâce à une gestion maladroite, mais efficace, de l’insurrection, l’émeute est réprimée sans faire de victimes, à l’exception d’un Canadien qui souffre d’un mal de tête en raison d’un pot de fraises lancé sur sa tête. Une paix fragile s’établit lorsque les gardiens canadiens affirment que, bien que les hommes devront encore être enchaînés, une clé sera discrètement laissée derrière les prisonniers pour qu’ils puissent se libérer.

une esquisse de la bataille de Bowmanville représentant des gardes et des prisonniers en train de se battre.
La bataille de Bowmanville (Bowmanville Musuem).

Ainsi, la bataille de Bowmanville, un événement même rapporté par le magazine Time, se termine relativement bien. Mais la fin aurait tout aussi bien pu être tragique et brutale. Si l’émeute avait dégénéré, les conséquences auraient été catastrophiques, surtout pour les Canadiens emprisonnés en Europe.

Ce conflit est un exemple de situation gérée avec du bon sens, de la modération dans la riposte et de la négociation, et le Camp 30 est certainement le plus important site de guerre du Canada. Le défi de soutenir sa restauration incombe maintenant à l’ensemble des Canadiens. Ce site doit continuer de célébrer cette magnifique preuve du caractère unique de notre pays.

Article written by . For more information on efforts to preserve Camp 30, visit

Article rédigé par William Humber et traduit par Genevieve Siino. Pour plus d’informations sur les initiatives visant à préserver le Camp 30, rendez-vous the Jury Lands Foundation