Au tournant du XXe siècle, les femmes avaient rarement l’occasion de servir dans l’armée canadienne. Or, les infirmières militaires de la guerre des Boers ont été parmi les premières à pouvoir le faire. Parmi elles se trouvait Marcella Richardson, l’une des douze Canadiennes à avoir soigné des milliers de soldats pendant le conflit.
Jeunesse et formation
Marcella Percy Richardson est née le 13 novembre 1873 à Woodstock, en Ontario. Durant son enfance, sa famille s’est installée en Saskatchewan. Son père, Hugh Richardson, était juge à la Cour suprême des Territoires du Nord-Ouest à Regina. C’est d’ailleurs lui qui a présidé le célèbre procès de Louis Riel lors de la Rébellion du Nord-Ouest en 1885. Marcella a fréquenté le pensionnat du couvent de la Congrégation de Notre-Dame, à Ottawa, où elle a excellé dans ses études. En 1886, sa réussite scolaire lui a même valu la médaille du Gouverneur général. Peu après avoir obtenu son diplôme, elle est partie pour New York pour faire ses études d’infirmière à l’école de l’Hôpital Charity, située sur l’île Blackwell (aujourd’hui l’île Roosevelt).
La profession d’infirmière était alors un domaine relativement nouveau, et très peu d’établissements offraient cette formation. De nombreuses Canadiennes se rendaient donc aux États-Unis pour suivre ce programme, qui comprenait un apprentissage pratique auprès des malades. Marcella avait trouvé sa vocation. Une fois diplômée, en 1889, elle a été embauchée par l’école comme infirmière superviseure pour aider à former les nouvelles étudiantes, un poste qu’elle a occupé jusqu’au début de la guerre des Boers.

Qu’est-ce que la guerre des Boers?
La guerre des Boers (1899-1902), aussi appelée guerre d’Afrique du Sud, a été un conflit colonial opposant la Grande-Bretagne aux républiques boers d’Afrique du Sud : la République sud-africaine (Transvaal) et l’État libre d’Orange. Lorsque la Grande-Bretagne a pris le contrôle d’une partie de l’Afrique du Sud au début du XIXe siècle, les Boers, descendants pour la plupart de colons néerlandais, ont refusé de se soumettre à l’autorité britannique. Cherchant à prendre le contrôle des républiques boers, la Grande-Bretagne a finalement déclaré la guerre aux Boers en 1899.
Bien que le conflit ait principalement opposé deux groupes coloniaux blancs, des milliers d’Africains autochtones ont contribué à l’effort de guerre, tant dans des fonctions de soutien que de combat. Les Britanniques ont également appliqué la politique de la terre brûlée, détruisant les fermes et les maisons des Africains autochtones, et créant ainsi des milliers de réfugiés. L’armée britannique a mis sur pied plus de 100 camps de « réfugiés » civils, qui sont rapidement devenus des camps de concentration. Les Africains noirs et les Boers étaient détenus dans des camps distincts. Au total, des dizaines de milliers de personnes y sont mortes de faim ou des suites de maladies.
Les Canadiens avaient des opinions divisées quant à leur participation à la guerre. Bien des Canadiens anglais croyaient qu’il était du devoir du Canada d’aider la Grande-Bretagne. Les Canadiens français, quant à eux, étaient nombreux à éprouver de la sympathie pour les Boers, en raison de leur propre passé conflictuel avec l’impérialisme britannique. Sous de fortes pressions, le gouvernement a finalement décidé d’envoyer des troupes en Afrique du Sud. C’était la première fois que le Canada déployait des soldats outre-mer pour participer à un conflit étranger. Au total, plus de 7 000 Canadiens au sein de trois contingents ont servi pendant le conflit. Bien qu’ils aient pris part à de nombreux combats en Afrique du Sud, les soldats canadiens sont surtout connus pour le rôle déterminant qu’ils ont joué dans la victoire à la bataille de Paardeberg, en 1900.
Les années de la guerre des Boers
En 1899, l’armée canadienne a décidé d’envoyer un groupe d’infirmières militaires afin d’assurer les soins médicaux auprès des soldats de chacun des contingents déployés en Afrique du Sud. Parmi les nombreuses candidatures reçues, seules douze infirmières ont finalement été retenues pour participer à la mission. Chacune d’entre elles recevait la même solde qu’un lieutenant.
Les infirmières militaires canadiennes de la guerre des Boers
Georgina Pope
Sarah Forbes
Elizabeth Russell
Minnie Affleck
Margaret MacDonald
Deborah Hurcomb
Marcella Richardson
Margaret Horne
Florence Cameron
Eleanor Fortesque
Amy Scott
Margaret Smith
Marcella était parmi les quatre infirmières choisies pour se rendre en Afrique du Sud avec le deuxième contingent. Le 20 janvier 1900, elle est montée à bord du Laurentian à Halifax pour entreprendre le long voyage vers l’Afrique du Sud. Avant le départ, Marcella et les autres infirmières du deuxième contingent ont été interviewées par le Montreal Daily Star. En parlant de son rôle dans la guerre, Marcella a confié : « À vrai dire, nous ne savons pas trop nous-mêmes ce que nous allons faire. Mis à part le fait que nous avons deux uniformes kaki et deux chapeaux de marin, nous n’avons aucune idée de ce qui nous attend. »
Less than a month later, Marcella moved to a temporary hospital in Kimberly. The town was still recovering from a Boer siege, which had recently ended. Marcella and three other Canadian nurses worked at a temporary hospital, which was set up in a masonic temple that contained only basic supplies. Besides some British orderlies, they ran the hospital alone.
Marcella est arrivée au Cap le 17 février et a d’abord travaillé à l’Hôpital général britannique no 3, à Rondebosch. Les infirmières militaires n’étaient pas autorisées à s’approcher de la ligne de front. Elles travaillaient plutôt dans des hôpitaux sur les bases, où elles soignaient les soldats transportés loin des zones de combat. La grande majorité des soldats qu’elles traitaient y étaient hospitalisés à cause de maladies infectieuses plutôt que de blessures de guerre.
Moins d’un mois plus tard, Marcella a été transférée dans un hôpital temporaire à Kimberley. La ville se remettait à peine du siège des Boers, qui venait tout juste de prendre fin. Marcella et trois autres infirmières canadiennes travaillaient dans cet hôpital, aménagé dans un temple maçonnique qui ne disposait que du strict nécessaire. À l’exception de quelques militaires britanniques affectés aux tâches de soutien, c’était elles qui assuraient le fonctionnement de l’hôpital.


À la fin du mois d’avril 1900, Marcella a été envoyée à Bloemfontein, ancienne capitale de l’État libre d’Orange, pour servir à l’Hôpital général no 10. Cette affectation s’est révélée l’une des plus éprouvantes pour les infirmières militaires. Les voies de ravitaillement vers la ville n’étaient pas sûres, ce qui compliquait l’accès à la nourriture et au matériel. L’eau potable se faisait également rare, et les mauvaises conditions sanitaires ont entraîné d’importantes épidémies de typhoïde et de dysenterie. Marcella et deux de ses trois collègues sont tombées gravement malades après avoir contracté la fièvre typhoïde. L’une d’entre elles a été rapatriée en Angleterre. Quant à Marcella, elle est restée en Afrique du Sud et s’est heureusement rétablie.
Avec la progression des troupes britanniques sur le territoire boer, Marcella a de nouveau été transférée. Elle est arrivée à l’Hôpital irlandais de Pretoria le 20 juillet 1900, où elle est demeurée jusqu’à son retour au Canada, en janvier 1901. Plus tard cette même année, elle est toutefois retournée en Afrique du Sud pour servir au sein du contingent canadien du South African Constabulary. Au total, Marcella a passé près de cinq ans à travailler en Afrique du Sud, pendant et après la guerre.
L’engagement de Marcella pendant la guerre des Boers n’est pas passé inaperçu. En 1901, la London Gazette a souligné son travail pour avoir maintenu les hôpitaux « en bon état de fonctionnement ». Elle a également reçu la Médaille de la Reine et la Médaille du Roi pour son service en Afrique du Sud, bien que ces deux décorations aient été détruites dans l’incendie de l’hôtel Gilmore, à Ottawa, en 1906. En 1904, grâce à son engagement pendant la guerre des Boers, Marcella est devenue l’une des premières infirmières à intégrer la nouvelle Réserve du Corps de santé de l’Armée canadienne. Son service pendant la guerre des Boers lui a donné le droit de demander un titre de concession de terres auprès du ministère de la Milice en 1908. Une parcelle de terre lui a ainsi été attribuée près de Kincaid, en Saskatchewan, qu’elle a finalement revendue vers 1914.
Service pendant la Première Guerre mondiale
Lorsque le Canada s’est engagé dans la Première Guerre mondiale, Marcella s’est de nouveau portée volontaire. En novembre 1914, elle a été envoyée en France pour servir à l’Hôpital militaire fixe canadien no 2. Cette unité a été la toute première à débarquer en France pendant la guerre. Marcella a ensuite été transférée à l’Hôpital général (impérial) no 11, à Boulogne. Plus tard, elle a été citée dans les dépêches pour son « service courageux et distingué sur le terrain ».
Pendant son service à Boulogne, Marcella travaillait dans un hôpital qui accueillait jusqu’à 1 200 patients par jour. La charge de travail était écrasante. Sous l’effet du stress, Marcella a développé une grave gastrite qui a mené à une hémorragie gastrique. Bien qu’elle ait fini par se rétablir, des rapports transmis au Canada ont annoncé par erreur qu’elle était décédée des suites de sa maladie. Sa convalescence n’a toutefois pas été de tout repos. Selon un témoignage, le bâtiment où elle se trouvait a été bombardé par un zeppelin, mais elle y a échappé de justesse. Elle a finalement obtenu un congé pour rentrer au Canada.
Plutôt que de retourner en Europe, Marcella a poursuivi son travail dans des hôpitaux au Canada. Elle a été nommée infirmière en chef de l’Hôpital militaire Deer Lodge, à Winnipeg, avant de devenir infirmière en chef principale de l’Hôpital militaire Tuxedo ainsi que du District militaire no 10 (qui couvrait l’ensemble du Manitoba et une partie de l’ouest de l’Ontario). Dès 1917, elle supervisait également la mobilisation des infirmières de l’Ouest canadien en vue de leur affectation outre-mer. En juin 1918, elle a été mutée au District militaire no 13 à Calgary, où elle est demeurée infirmière en chef principale jusqu’à sa démobilisation en 1919.

Les dernières années
Après la guerre, Marcella est retournée à New York. En 1928, les compagnies Ottawa Gas et Ottawa Electric l’ont engagée comme directrice de leur service conjoint d’économie domestique (Home Service Department), ce qui l’a amenée à s’établir à Ottawa. Ce service avait pour mission d’informer le public sur divers aspects de l’économie domestique, notamment au moyen de cours de cuisine. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un poste en soins infirmiers, sa vaste expérience en gestion faisait d’elle la candidate idéale. Elle a travaillé pour ces entreprises jusqu’en 1932. Plus tard, Marcella s’est installée à Miami, en Floride, où elle est décédée dans une maison de convalescence le 20 juin 1958. Ses cendres ont été inhumées au cimetière Beechwood, à Ottawa.
Marcella Richardson a été une véritable pionnière. En tant que l’une des premières femmes à servir dans les Forces armées canadiennes, elle a contribué à ouvrir la voie à d’innombrables autres qui ont servi après elle.
Article rédigé à l’origine par Anthony Badame pour Honouring Bravery. Traduction par Mélissa Santos.

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