Le 4 février 1945, un Lancaster du 433e Escadron « Porcupine »,le PA219, se préparait au décollage. Le moteur no 3 (intérieur droit), un Rolls-Royce Merlin V12, a démarré avec un bruit saccadé, suivi des moteurs no 4, no 2, puis no 1. Les quatre hélices en marche, le bombardier Avro a roulé jusqu’au bout de la piste à Skipton-on-Swale, dans le Yorkshire, en Angleterre. L’appareil devait participer à une mission regroupant 238 avions chargés de bombarder Bonn. Après une dernière vérification, le capitaine d’aviation Neil Mara, décoré de la Croix du service distingué dans l’aviation, a relâché les freins de l’appareil portant l’indicatif d’appel « Mike » et s’est élancé sur la piste. Vers 17 h 35, l’avion s’est lourdement arraché du sol pour ce qui allait être son dernier vol. Il s’agissait de la 23e mission en Europe ennemie pour Neil Mara et son équipage chevronné. À bord se trouvait toutefois un homme qui effectuait sa toute première mission opérationnelle : le copilote et officier d’aviation C. H. Howald.

Né près de Listowel, en Ontario, Carl Herbert Howald était le fils d’Herbert et de Margaret, dont le nom de jeune fille était Vogt. Carl s’est enrôlé dans l’Aviation royale canadienne (ARC) le 2 juillet 1942. Il avait obtenu son diplôme d’études secondaires deux ans auparavant et travaillait depuis comme apprenti en pharmacie chez E. M. Creighton, un métier jugé prometteur. Cela faisait de lui une recrue intéressante pour l’ARC, qui privilégiait les candidats hautement qualifiés. Compte tenu de son parcours et de sa formation, il a rapidement été recommandé pour suivre une formation d’officier.
Comme toutes les recrues, Carl a dû passer une série de tests avant de commencer sa formation de pilote, où il a été jugé comme un candidat supérieur à la moyenne, en particulier dans les cours théoriques. Comme tous les futurs pilotes de bombardier, il a été formé sur une série d’appareils, en commençant par le Tiger Moth, un avion lent et très permissif. Il est ensuite passé au célèbre Harvard, avant de poursuivre sa formation sur l’Oxford, un avion bimoteur d’entraînement militaire. C’est pendant cette période qu’il a rencontré Ruth Katherine Waters, originaire de Stratford, en Ontario. Les deux se sont mariés le 1er janvier 1944. À la fin d’avril de la même année, il était au Royaume-Uni.
Après sa formation avancée sur le bombardier Wellington, Carl et son équipage attitré sont arrivés à la base du 433e Escadron le 23 décembre 1944, au moment même où les « Porcupines » amorçaient leur transition vers le Lancaster, un appareil plus puissant. Ce changement a exigé une formation supplémentaire pour Howald, ce qui a retardé son entrée en service opérationnel. Après des années d’entraînement, il était enfin prêt pour son évaluation finale : effectuer un vol avec un équipage expérimenté afin de mieux saisir ce qu’impliquait un raid contre des cibles en Allemagne. C’est ainsi qu’il a pris place à bord du PA219 du capitaine Neil Mara comme copilote supplémentaire.

Le jour, la 8th Air Force américaine volait en formations serrées pour assurer une protection mutuelle contre les défenses allemandes. La nuit, le Bomber Command adoptait une approche différente pour les bombardements de zone. Compte tenu des risques inhérents aux vols de nuit sans éclairage, l’ARC faisait voler ses appareils en file, chacun suivant son propre plan de vol soigneusement établi pour maintenir une distance de sécurité entre les avions. Les équipages avaient pour consigne de frapper leurs cibles successivement, puis de revenir à la base.
Ce même soir de février, le KB787, un Lancaster du 419e Escadron « Moose » de l’ARC, piloté par le capitaine d’aviation John Barlow, était en route vers la base du Royal Air Force (RAF) à Middleton St George. L’équipage chevronné de Barlow avait également participé à l’attaque en grande partie infructueuse contre Bonn. Pour des raisons encore inconnues à ce jour, ces deux équipages ne se sont pas aperçus et, vers 22 h, sont entrés en collision en plein vol près de Courtil, en Belgique. Au cours des jours suivants, 14 corps gravement mutilés et brûlés ont été retrouvés. Un seul homme a survécu : l’opérateur radio et mitrailleur aérien du KB787, l’officier d’aviation C. T. Sutter. Il n’avait aucun souvenir de ce qui s’était produit ni de la façon dont il avait réussi à s’échapper de l’appareil. Les deux avions s’étaient écrasés à environ un kilomètre et demi l’un de l’autre, dans une zone où s’était récemment déroulée la bataille des Ardennes.
Le saviez-vous ?
Le Bomber Command était l’une des branches les plus dangereuses de l’effort de guerre canadien : on estime que seuls 16 % des aviateurs ont terminé leur mission sans être victimes d’un accident.
Quatre jours après le départ du PA219 de sa base, la famille Howald a été informée que Carl était porté disparu. Cet avis était accompagné d’une liste des hommes qui se trouvaient à bord avec lui. Le 13 février 1945, la famille a fait parvenir une lettre à l’officier chargé des pertes militaires de l’ARC. Dans cette lettre, elle exprimait sa douleur et son incrédulité, s’accrochant à l’espoir qu’une erreur administrative ait été commise.

En réponse, l’ARC a entrepris un examen très approfondi du dossier. Une série de notes de service et de rapports ont été échangés entre le Canada, le Royaume-Uni et la Belgique.
Le 23 juin 1945, les parents de Carl ont reçu un avis officiel de l’ARC leur annonçant que leur fils avait été déclaré mort le 4 février et qu’il avait été enterré dans un champ près du lieu de l’écrasement. Cette lettre a anéanti tout espoir de revoir leur fils bien-aimé. Ils faisaient désormais partie des 42 000 familles canadiennes en deuil. Après la guerre, le gouvernement du Canada a adopté une politique visant à inhumer à nouveau les militaires tombés au combat dans des cimetières plus grands et centralisés. L’officier d’aviation C. H. Howald a finalement été enterré au cimetière militaire de Hotton, parcelle IV.A.8, en Belgique, aux côtés des autres membres des équipages du KB787 et du PA219.
Le Bomber Command était l’un des volets les plus dangereux de l’effort de guerre du Canada. En effet, on estime que seuls 16 % des aviateurs terminaient leur service sans être tués. Des sept membres de l’équipage initial du Wellington de Carl, quatre, dont Carl, ont été tués lors d’opérations de l’ARC en 1945. Par un étrange coup du sort, ils ont tous péri dans des collisions aériennes. William Hanna, Jack Stingle et Ralph Mellon ont été portés disparus le 25 avril 1945 alors qu’ils faisaient partie de l’équipage du KB831, un Lancaster du 431e Escadron « Iroquois ». Leur appareil est entré en collision avec le KB822, un autre Lancaster du même escadron.
La famille Howald ne s’est jamais véritablement remise de la perte de leur fils, qui était un jeune homme brillant et talentueux. Les parents de Carl ont fait graver une épitaphe sur sa pierre tombale : « Il n’y a pas de mort. Au-delà de l’horizon lointain, Dieu accueille auprès de lui ses braves défunts. » Sa mère, connue dans la région sous le nom de « Mme Howald », a vécu près de 30 ans de plus que son fils. Elle est décédée à l’âge de 96 ans, laissant dans le deuil 3 de ses enfants, 13 petits-enfants et 17 arrière-petits-enfants. La veuve de Carl, Ruth, a épousé Henry Trant le 30 juin 1945 et a élevé cinq enfants. Après avoir terminé sa période de service, l’officier d’aviation Christian Sutton, seul survivant de l’écrasement, est retourné à Redvers, en Saskatchewan, où il a vécu jusqu’à son décès en 2014. Il s’est vu décerner l’Ordre du Canada en reconnaissance de son travail dans le domaine de l’agriculture.
Article rédigé par Kris Tozer et traduit par Mélissa Santos pour Honouring Bravery.

Sources
Anciens Combattants Canada. « Capitaine d’aviation Neil Duncan Mara ».

