Après la guerre

L’armée américaine avance rapidement sur les positions japonaises. En 1945, l’armée japonaise est repoussée jusque dans l’archipel et les Alliés bombardent massivement les villes principales. Le point culminant sera le bombardement des villes d’Hiroshima et de Nagasaki avec la bombe nucléaire, au début du mois d’août. Cette démonstration de force convaincra le Japon de se rendre quelques jours plus tard, le 15 août. La capitulation sera signée officiellement le 2 septembre.

Portrait du service
En 1945, après sa mission à Ceylan, où il a contribué à l’élaboration de plans visant à reconquérir Rangoon, l’officier de la marine William Lore est chargé de libérer Hong Kong. Lore est le premier Sino-Canadien à intégrer la Marine royale canadienne et, aux côtés des Britanniques, il est le premier officier à débarquer dans la colonie. Avec ses hommes, il libère le camp de Sham Shui Po et procède à l’évacuation des prisonniers.

Plusieurs doivent faire de longs séjours à des hôpitaux militaires à Guam, aux Philippines ou à San Francisco avant de rentrer au Canada. Ils arrivent ensuite à Vancouver où ils pourront appeler leur famille pour la première fois. Les vétérans prennent ensuite le train pour retourner chez eux et à chaque gare, ils sont accueillis comme des héros. La majorité aura la chance de passer Noël à la maison, avec leur famille, mais devra ensuite se rapporter à l’armée canadienne pour être hospitalisée davantage.
La guerre a affecté tous les Canadiens mobilisés en Asie. Bien qu’ils aient été déployés vers la fin de la guerre, plusieurs membres de la Force 136 ont souffert de maladies et de blessures pendant leur mission. Une majorité de soldats revient au Canada avec des maladies reliées directement à la famine. Tous les anciens prisonniers souffrent ainsi d’un manque de vitamines et de problèmes de vision à différents degrés. D’autres ont des séquelles physiques à cause d’une blessure de bataille ou de leurs agressions par des gardes. Plusieurs vétérans reviennent aussi avec des séquelles psychologiques qui ne seront jamais diagnostiquées. Chômage, maladies chroniques, dépendance, cécité, espérance de vie écourtée : ce sont là les conséquences de mois de mauvais traitements, de malnutrition et de travaux forcés qui dureront toute une vie.


En 1952, en suivant les politiques américaines, le Canada déculpabilise le Japon de toute responsabilité concernant les atrocités commises durant la guerre. En effet, avec la montée du communisme en Asie et la guerre froide devenant une réalité, les États-Unis ont besoin de faire du Japon un allié fiable. Les procès contre les criminels de guerre ont ainsi été régis par la politique, plutôt que par la justice. À Hong Kong, cependant, l’administration coloniale organise 60 procès contre des criminels japonais. Le colonel Esao Tokunaga, responsable de tous les camps à Hong Kong, est arrêté et condamné à mort.
Réfléchissez à ceci : quel effet cette politique a-t-elle eu sur notre mémoire historique des actions du Japon pendant la guerre?

Les vétérans de Hong Kong vont longtemps lutter pour recevoir des réparations pour les conditions de leur incarcération. Traumatisés par leurs expériences durant la guerre, ces vétérans se retrouvent souvent en conflit avec les Canadiens d’origine japonaise qui, eux aussi, réclament des réparations pour leur internement. En août 1988, le gouvernement canadien accepte de verser 21 000 $ à chaque Canadien d’origine japonaise interné et présente des excuses officielles. Cependant, ce n’est que le 11 décembre 1998 qu’il accepte d’indemniser les vétérans de Hong Kong en leur remettant environ 24 000 $ chacun. Le 8 décembre 2011, 70 ans après la bataille, le Japon présentera ses excuses officielles aux prisonniers de guerre canadiens, mais n’offrira aucune compensation financière.
Malgré leurs efforts, de nombreux vétérans canadiens ayant servi dans le Pacifique considèrent que leur contribution à l’effort de guerre est éclipsée par les événements survenus en Europe. En effet, alors que les troupes sur le front européen connaissent de nombreux succès, on ne peut en dire autant pour celles du front du Pacifique. La bataille de Hong Kong s’est soldée par une terrible défaite, la bataille de Kiska n’a pas eu d’importance particulière et la contribution de milliers d’autres Canadiens, dispersés parmi les troupes britanniques, a été éclipsée par celle des forces britanniques et américaines. Cependant, la guerre contre le Japon a eu de nombreuses conséquences pour les Canadiens. Plusieurs vétérans sont marqués à jamais; ils souffrent de blessures et de troubles de santé mentale persistants. Le pire, c’est certainement le fait que peu de Canadiens reconnaissent leur rôle dans la guerre. Néanmoins, leur contribution reste une preuve des exploits extraordinaires réalisés par les Canadiens pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Forgotten Front: Canada in the Pacific War








