Hong Kong

La bataille de Hong Kong n’a pas seulement été la première bataille du Canada sur le théâtre d’opérations de l’Asie-Pacifique, elle a également marqué la première participation canadienne à la Deuxième Guerre mondiale.
Le saviez-vous
La région de Hong Kong a été cédée à la Grande-Bretagne par l’Empire chinois des Qing (1636-1912) à la suite des guerres d’opium au milieu du 19e siècle. Il s’agit d’un petit territoire qui comprend l’île de Hong Kong, la péninsule de Kowloon et les Nouveaux Territoires. La grande majorité des habitants sont chinois, mais c’est une petite classe privilégiée d’origine occidentale qui régit les affaires de la région.
Avec l’attitude agressive du Japon, Hong Kong devient directement menacée au courant des années 1940. Dans le meilleur scénario, les Japonais auront trop peur d’attaquer la colonie. Dans le pire, les renforts tiendront le plus longtemps possible de sorte à protéger Singapour, un point stratégique primordial. Londres se fait peu d’illusions : la colonie est largement indéfendable et les renforts ne changeront pas la donne. Cependant, des troupes additionnelles pourraient dissuader les Japonais d’attaquer.
En septembre 1941, Londres demande au gouvernement canadien d’envoyer deux bataillons à Hong Kong pour une mission « sans risque militaire ». La demande est acceptée. Le Canada sélectionne les Royal Rifles of Canada et les Winnipeg Grenadiers pour être envoyés dans la colonie. Ensemble, ils constitueront la Force C. Cependant, les deux régiments sont très peu entraînés et n’ont jamais vu de combat.

Régiments de la Force C
Les Royal Rifles of Canada

Mobilisés en juillet 1940, ils proviennent principalement de la région de Québec et des Cantons de l’Est ; environ 40 % du régiment est ainsi composé de francophones bilingues. En octobre 1941, ils montent dans un train à Québec et, à leur grande surprise, se dirigent vers l’ouest. À ce moment, ils n’ont aucune idée où ils iront.
Les Winnipeg Grenadiers

Fondés au Manitoba, ils s’entraînent en vue des combats en Europe, mais ne sont d’abord pas mobilisés. Après une première mission en Jamaïque, le régiment est rappelé au Canada où il est conduit vers sa prochaine tâche. Avec les Royal Rifles, les Winnipeg Grenadiers quittent Vancouver le 27 octobre
Portraits du service

Les Canadiens arrivent à Hong Kong le 16 novembre 1941 devant une foule enthousiaste qui croit, à tort, que leur arrivée renforce efficacement la colonie. Ils passeront les trois prochaines semaines à s’entraîner et à profiter des plaisirs qu’offre la colonie : barbier, cirage de chaussures, restaurants et même des tatouages ! En somme, peu de personnes prennent au sérieux une attaque japonaise.
Cependant, dès le début des combats, le 8 décembre, il était évident que la défaite était certaine. Les Alliés concentrèrent la majorité de leur défense du côté de la mer, jugeant que le terrain ardu de la péninsule bloquerait les Japonais. De même, ils s’imaginèrent que les soldats japonais, du fait de leurs yeux bridés, étaient incapables de voir la nuit. Ce fut donc toute une surprise lorsque dans la nuit du 7 au 8 décembre, des milliers de soldats japonais franchirent la frontière au courant de la nuit et attaquèrent massivement les positions alliées.
Il n’y avait pas que des Canadiens qui défendirent Hong Kong durant la bataille. Les Alliés étaient environ 14 500 en tout et comprenaient deux bataillons britanniques, deux bataillons indiens et quatre régiments d’artillerie. Se trouvaient aussi plusieurs milliers de Britanniques, de natifs hongkongais et de Chinois qui s’engagèrent au sein de la Hong Kong Volunteer Defense Force pour épauler les Alliés.
À ceux-là, se trouvent de plus plusieurs troupes chinoises commandées par l’amiral Chan Chak de la marine du Guomindang. Ce dernier fut instrumental à contrer les actions de plusieurs milices de triades engagées par les troupes japonaises pour saboter les manœuvres des défenseurs durant la bataille.
« Hong Kong était un piège militaire mortel, isolé et non préparé. Si les Japonais attaquaient, nous avions deux options : nous pouvions mourir sur le champ de bataille ou devenir les prisonniers d’un ennemi sauvage. »
– George S. MacDonnell, Sergeant, Royal Rifles of Canada

La bataille évolue dans un chaos général pour les Alliés : les lignes de communication sont rapidement coupées, plusieurs malentendus entre officiers surviennent et, pour ne pas aider le tout, plusieurs groupes de saboteurs s’en prennent aux positions de défense. Les Japonais avancent rapidement et les Alliés peinent à garder leurs positions. L’île est éventuellement coupée en deux et plusieurs groupes de défenseurs sont isolés les uns des autres.
La bataille se distingue par sa brutalité alors que les défenseurs perdent 100 % de leurs hommes. Les Japonais ne font pas de pitié tandis que la reddition n’est pas une option. Plusieurs des soldats alliés se livrant à l’envahisseur sont ainsi sommairement exécutés. Malheur aussi aux blessés qui sont retrouvés par l’ennemi. Dans des actes d’une rare violence, des soldats japonais se rendent dans des hôpitaux tenus par la Croix-Rouge où ils assassinent les blessés et le personnel médical. Les défenseurs restants, sont rapidement capturés par les Japonais et menés dans les camps.

Réflexion : Nous associons souvent courage et victoire, mais que signifie le fait d’être courageux dans la défaite?
44 mois en enfer
Les Canadiens sont emprisonnés durant 44 mois. À Hong Kong, ils sont d’abord détenus au camp de North Point, avant d’être transférés, au courant de l’année 1942, au camp de Sham Shui Po. La même année, le gouvernement japonais organise plusieurs transferts de prisonniers vers l’archipel. Là-bas, de nombreux Canadiens sont forcés de travailler dans des chantiers pour soutenir l’effort de guerre japonais.
Dans tous les camps, que ce soit à Hong Kong ou au Japon, les conditions de vie sont pitoyables. Les camps sont surpeuplés et les vêtements, la literie et les services sont insuffisants. Les Canadiens, par exemple, sont gravement sous-alimentés, consommant en moyenne moins de la moitié de la nourriture dont ils avaient besoin. La nourriture est aussi de piètre qualité – du riz dégoûtant, rempli de vers, avec parfois des légumes bouillis et une petite ration de viande ou de poisson.
Tant au Japon qu’à Hong Kong, les prisonniers font face à un climat rigoureux qui les expose à différentes maladies. Les hommes vivent parmi les parasites, les mouches, les rats et les serpents. La sous-alimentation fait aussi des ravages alors que plusieurs hommes en tombent malades.


Prisonniers de guerre souffrant de malnutrition dans les camps gérés par l’armée japonaise (Hong Kong Veterans Commemorative Association).
Quatre contingents de Canadiens sont transférés au Japon, le premier survient le 19 janvier 1943. Les voyages sont effroyables : les prisonniers sont entassés comme des sardines dans les cales. Plusieurs hommes souffrent de la malaria, de la diarrhée et de la dysenterie durant ces transferts. De plus, aucun moyen de se laver n’est disponible durant ces voyages, qui durent plusieurs jours.
À leur arrivée au Japon, les prisonniers sont envoyés dans différents camps où des travaux lourds doivent être effectués — dans des mines ou des usines ou sur des quais. À Hong Kong, plusieurs Canadiens sont aussi chargés de la reconstruction de l’aéroport de Kai Tak. Dans tous les camps, le travail est dangereux : les hommes sont très faibles, en raison de la sous-alimentation, et ils ont peu d’équipement ou d’outils pour faciliter leurs tâches. De fait, plusieurs accidents graves surviennent.

Les gardes frappent fréquemment les prisonniers avec leurs armes ou les giflent. Plusieurs Canadiens témoignent aussi avoir été humiliés et torturés dans les camps. Dans les cas les plus extrêmes, les gardes exécutent aussi certains prisonniers après de graves transgressions. En retour, le sabotage est chose courante pour résister. L’acte de sabotage le plus important survient le 20 janvier 1944, lorsque le sergent-chef Charles Clark et le soldat Kenneth Cameron déclenchent un incendie qui paralyse entièrement le chantier naval du camp Tokyo 3D. En conséquence, la production de navires de guerre est réduite de 60 %.
Au camp d’Ohashi, à Kamaishi, au Japon, l’un des gardiens de prison les plus tristement célèbres était Kanao Inouye. Surnommé « The Kamloops Kid », Inouye est né en Colombie-Britannique en 1916. Son père a servi pendant la Première Guerre mondiale et a reçu la Médaille militaire pour ses actions lors de la deuxième bataille de Cambrai. Inouye s’est installé au Japon dans les années 1930 pour faire ses études universitaires. Bien que né au Canada, il était considéré comme un citoyen japonais en vertu des lois japonaises et canadiennes et fut enrôlé de force dans l’armée japonaise. Pendant son séjour au camp de prisonniers de guerre, il battit et tortura les prisonniers de guerre canadiens, déclarant plus tard que ses actes à leur égard constituaient une riposte au racisme et aux mauvais traitements qu’il avait subis au Canada. Après la guerre, il fut reconnu coupable de crimes de guerre et condamné à mort.
Forgotten Front: Canada in the Pacific War








