Le Tableau d’honneur du grand magasin Simpsons


Au début de la Deuxième Guerre mondiale, des Canadiens de tous les horizons ont quitté leur emploi pour s’engager dans les forces armées. Après la guerre, les écoles, les milieux de travail et les organisations que ces volontaires avaient laissés derrière eux ont érigé des monuments commémoratifs afin d’honorer leur service et leur sacrifice. L’un de ces monuments était un tableau d’honneur installé dans le grand magasin Simpsons, au centre-ville de Toronto. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, pas moins de 52 employés du magasin ont perdu la vie.

Le Tableau d’honneur du grand magasin Simpsons (Brandon Corazza).

Lorsque Simpsons a été racheté par la Compagnie de la Baie d’Hudson en 1991, le tableau d’honneur est demeuré exposé au sous-sol de la Simpsons Tower. Mais le jour où les derniers magasins de la Baie d’Hudson ont fermé leurs portes en 2025, le tableau d’honneur s’est retrouvé sans lieu d’exposition. Grâce aux efforts de personnes comme Patrick Shea, avocat et membre du 48th Highlanders Senate, le tableau d’honneur a depuis été déplacé à la succursale de la Banque TD, sur la rue Front à Toronto, où se trouvait autrefois l’entrepôt Simpsons.

Parmi les noms du tableau d’honneur de Simpsons se trouvent ceux de deux membres des 48th Highlanders of Canada : le lieutenant Edward Drew Glass et le soldat Roy Andrews.

Lieutenant Edward Drew Glass

Edward Drew Glass était le fils d’Edward Murdock Glass, un vétéran de la Première Guerre mondiale. Son père avait servi au sein du 48th Highlanders avant la Première Guerre mondiale, puis combattu avec le 15e bataillon (48th Highlanders) en Flandre. Suivant les traces de son père, Edward s’est enrôlé dans les 48th Highlanders en 1937, à l’âge de 16 ans, et a obtenu son premier emploi au grand magasin Simpsons. En 1939, il a quitté son emploi et s’est porté volontaire pour servir outre-mer avec le régiment, laissant derrière lui son père et sa sœur à Toronto. Sa mère était décédée quelques années auparavant.

En mai 1943, Glass était devenu sergent intérimaire et avait été sélectionné pour suivre une formation d’officier au Canada. Dans son évaluation, on le décrivait comme « un très bon élément, doté d’une solide expérience militaire, franc, très intelligent et possédant l’étoffe d’un chef. » Une fois son brevet d’officier en main, il est retourné en Angleterre en mai 1944. À son arrivée, il a été affecté au programme CANLOAN, une initiative canadienne où l’on « prêtait » des officiers « en surplus » à des régiments britanniques en manque d’officiers pour diriger les combats. C’est ainsi que Glass a rejoint le 1er bataillon du Gordon Highlanders, le régiment frère du 48th Highlanders. Il a ensuite été envoyé en Normandie en juillet 1944 comme commandant de peloton au sein de la Compagnie Dog.

Dans la nuit du 14 août, près du village de Fierville, les Gordons ont été victimes d’un bombardement allié accidentel, une tragédie qui arrivait fréquemment durant la campagne de Normandie. Par miracle, ils s’en sont tous sortis indemnes. Le 15 août, dès l’aube, ils ont repris leur progression et nettoyé les positions allemandes autour de Saint-Sylvain. Alors qu’ils commençaient à creuser leurs tranchées pour la nuit, l’aviation allemande a frappé. Glass et deux de ses camarades ont été tués dans l’attaque, et 20 autres ont été blessés. Glass a d’abord été inhumé près de Saint-Sylvain avant d’être transféré au cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize. Sur sa pierre tombale, son père a fait graver ce message : « Parti rejoindre sa mère. »

Edward Glass (The 48th Highlanders of Canada Museum and Archives).

Soldat Roy Andrews

Roy Andrews a quitté l’école après sa cinquième année pour subvenir aux besoins de sa mère, de sa sœur aînée et de son jeune frère de cinq ans. Son père avait abandonné la famille pendant la Grande Dépression. À l’âge de 15 ans, Andrews a commencé à travailler comme emballeur chez Simpsons. Ses collègues se souvenaient de lui comme d’un jeune homme soigné, intelligent et qui faisait beaucoup d’efforts pour plaire. Roy Andrews s’est enrôlé dans l’armée en janvier 1942. Il a demandé à servir dans l’infanterie, puis a intégré les rangs des 48th Highlanders. Chaque mois, il envoyait 40 $ à sa mère, une somme considérable pour la modeste solde d’un soldat. Après son entraînement à Guelph et à Borden, Andrews a pris la mer vers la Grande-Bretagne, en juin 1942.

Un an plus tard, les membres du 48th Highlanders montaient discrètement à bord de navires pour une mission secrète. Ce n’est qu’une fois au large qu’ils ont appris leur destination : la Sicile. Le 4 juillet, alors que l’immense convoi passait près de Gibraltar, des sous-marins allemands ont attaqué et coulé deux navires de transport de troupes. Andrews a survécu et a été emmené à Alger, avant d’être transféré sur un nouveau navire pour rejoindre sa division. Les Canadiens ont débarqué en Sicile le 9 juillet 1943. Après des semaines de combats acharnés, ils ont traversé vers l’Italie continentale en septembre pour poursuivre leur progression vers le nord. Ils ont finalement atteint Campobasso, qui est devenu un centre administratif canadien essentiel. Puisque la ville se trouvait toujours à portée des tirs de l’artillerie allemande, le 48th Highlanders a reçu l’ordre de neutraliser les positions ennemies à Torella. Mais d’abord, il fallait trouver des points de passage sécuritaires pour franchir la rivière Biferno.

Andrews servait au sein du 4e peloton (celui des éclaireurs), soit l’unité de reconnaissance du bataillon. Dans la nuit du 22 octobre, deux patrouilles ont été envoyées en mission pour localiser des points de traversée. La première a réussi sa mission, mais, malheureusement, la seconde n’a jamais atteint la rivière. Sous les ordres du sergent Midge (Gordon) Major, cette deuxième patrouille s’est engagée dans un champ de mines allemand. Le caporal George Ardagh a déclenché une mine à fil-piège, ce qui a mis le feu à une grenade au phosphore qu’il portait sur lui. D’autres mines ont explosé dans le chaos. Seul le sergent Major a survécu. Gravement blessé, il a rampé pour s’éloigner, a perdu connaissance, puis s’est réveillé et s’est remis à ramper jusqu’à ce qu’une patrouille du Royal Canadian Regiment le trouve. Lorsque le 48th Highlanders est arrivé sur les lieux le lendemain, ses membres ont découvert le Highlander Ronald Ward encore en vie, mais celui-ci a succombé à ses blessures peu de temps après. Andrews et les autres éclaireurs ont tous péri.

D’abord enterré près de la rivière Biferno, Andrews a plus tard été transféré au cimetière de la rivière Moro. Sa mère a fait graver ces mots sur sa pierre tombale :

« Il nous revient souvent son visage souriant

Lorsqu’il fit ses derniers adieux

Et quitta sa maison pour toujours

Pour mourir en terre lointaine. »

fiche militaire indiquant que Roy Andrews a été tué au combat
Dossier de service de Roy Andrews (Bibliothèque et Archives Canada).

Se souvenir des noms et des monuments

Les parcours du lieutenant Glass et du soldat Andrews illustrent la diversité du service et du sacrifice des Canadiens. Glass servait au sein d’une unité britannique et combattait en Normandie, alors que son propre régiment se battait en Italie. Quant à Andrews, il n’est pas tombé lors d’une grande bataille, mais bien dans un champ de mines, lors d’une simple patrouille de reconnaissance. Leurs noms peuvent facilement tomber dans l’oubli, tout comme le tableau d’honneur de Simpsons. Les entreprises sont rachetées puis ferment, les lieux de rassemblement disparaissent et les monuments finissent par se détériorer. Mais chacun des 52 noms inscrits sur ce tableau mérite qu’on se souvienne de lui.

Article rédigé par Tyler Wentzell et traduit par Mélissa Santos pour Honouring Bravery.